Quelques critiques tirées de la gazette d'Utopia, cinéma d'arts et d'essais d'avignon zt quelques autres villes en France :
Good news, folks, Ken Loach a retrouvé le moral ! Oui, bonne nouvelle car quand Ken Loach retrouve le moral, c’est un peu le nôtre qui remonte en flèche. Il nous avait laissés sonnés pour le compte à la fin du très beau mais terrible It’s a free world, à tel point qu’on se demandait comment diable il allait pouvoir rebondir après un constat d’une telle noirceur sur l’état de nos sociétés, pire : sur l’état de notre humanité. Eh bien voilà la réponse, éclatante, lumineuse : Looking for Eric, implacablement lucide évidemment, les yeux grand ouverts sur le monde tel qu’il va, mais d’une vigueur, d’une générosité, d’une foi en la solidarité humaine qui balaient toute tentation de céder au désespoir ou même à la morosité. Un film d’une pêche incroyable, qui est à la fois le prolongement naturel d’une filmographie impressionnante de cohérence et le renouvellement jouissif de la manière Loach, le cinéaste déployant ici une verve, une vis comica rarement à l’œuvre dans ses films. Il nous embarque une fois de plus dans l’Angleterre qu’il aime et qu’il nous fait furieusement aimer, l’Angleterre de Raining stones, de Riff Raff, de My name is Joe, de The Navigators… L’Angleterre des sans grade, des héros de l’ordinaire, des petits qui ont le cœur bien plus gros que leur compte en banque, des travailleurs qui refont le monde au pub du coin en regardant un match de Manchester United.
Car il faut bien en venir à la surprise du chef, que vous aurez évidemment déjà repérée en lisant le générique du film : l’irradiante, la charismatique présence, dans son propre rôle, d’Eric Cantona qui, rappelons-le pour ceux savent à peine reconnaître un coup franc d’un penalty, fut le joueur culte du club anglais cité plus haut de 1992 à 1997. Canto, preuve irréfutable, pour les Anglais amateurs de foot – pléonasme vous dirait Ken Loach, lui même sévèrement accro –, de la présence de Dieu sur terre, meilleur joueur de toute la galaxie, grande gueule, philosophe à ses heures perdues, acteur né et vrai personnage de ciné, mégalo et grandiose, profondément humain. Mais pour comprendre ce que Cantona fait là, il faut parler de l’autre Eric, postier en débandade, qu’on découvre dans la première séquence crispé au volant de sa voiture, à tourner comme un dératé autour d’un rond-point, encore et encore, de plus en plus vite, jusqu’à l’accident inévitable mais heureusement sans mort d’homme…
Eric, à une lointaine époque et à sa petite échelle, c’était aussi une vedette. Le roi des pistes de danse quand, jeune homme, il enlaçait les filles pour les faire virevolter, gagnant tous les concours, invincible dans ses blue suede shoes. Il avait même gagné le cœur de la plus jolie de ses partenaires, l’avait épousée, lui avait fait une jolie petite fille… Et puis tout est parti en brioche. Il a abandonné la danse, il a quitté sans gloire sa femme et sa fille et, au fil des années, s’en est allée aussi sa joie de vivre. Et là il rame, il est paumé, il ne sait plus comment s’en sortir avec sa vie, avec ses deux beaux-fils que sa deuxième femme lui a laissés sur les bras. Avec le plus jeune (16 ans quand même !), ça colle à peu près mais avec l’aîné, la vingtaine désœuvrée et agressive, c’est mission impossible : il s’est mis en cheville avec des malfaisants, à la solde d’un caïd local… Bref Eric a le blues et pas sûr que la mobilisation de ses collègues du centre de tri, qui se plient en quatre pour essayer de lui arracher un sourire, suffise à le faire sortir du trou.
Et pourtant… Lors d’une séance d’auto-valorisation de groupe inspirée par un manuel de psychologie de comptoir (séquence inoubliable de drôlerie chaleureuse), chacun va évoquer le nom d’un personnage mythique à qui il voudrait ressembler, un modèle pour une vie meilleure, plus exaltante. Et son tour venu, Eric ne va pas réfléchir longtemps avant d’invoquer le nom de… Cantona.
Dès lors, miracle laïc que Ken Loach et son complice scénariste Paul Laverty font passer comme une lettre à la poste Eric, le King, va descendre de son poster géant pour apparaître en chair et en os et devenir le coach personnel d’Eric, le Postman. Commence aussitôt, à grand renforts de ces sentences insubmersibles dont Cantona a le secret (et d’un peu de footing dans la campagne du New Hampshire), un programme intensif de remise en forme, de reprise de confiance qui va nous faire passer par tous les sentiments, de la trouille bleue de l’échec à la jubilation des lendemains qui chantonnent à nouveau…
dimanche 31 mai 2009
Looking for Eric
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1 commentaires:
Je suis allé finalement voir ce film en VO à Reims. Aucuns regrets même s'il faut savoir le décrypter à plusieurs niveau pour l'apprécier. L'autodérision de Canto sur ses célèbres maximes philosophiques ainsi que la critique sur les dérives du foot et le malêtre d'un partie de la société anglaise. Évidement les anglais nous en envoi plein la face en caricaturant à souhait notre accent français quand on parle anglais. Pour ma part à ne pas louper et surtout en VO.
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