samedi 20 juin 2009

Departures

Petit préambule en forme de cri d’enthousiasme : Departures est un film formidable. Ne vous laissez surtout pas décourager par le résumé lapidaire qui risque d’en être fait (du genre : c’est l’histoire d’un croque-mort…), venez le voir, vous en sortirez enchantés, on prend les paris !
On meurt comme on vit dit le proverbe. Certains meurent seuls, abandonnés de tous parce qu’ils ont été trop discrets ou peu aimés, certains au contraire meurent avec sérénité, entourés des leurs, réconfortés par la conscience d’une existence heureuse et bien remplie alors que d’autres focalisent dans leur mort toutes les rancunes accumulées. Departures parle de la mort pour mieux parler de la vie, mais en toute simplicité, sans angoisse ni pathos, et même parfois avec un humour irrésistible parce que tous ceux qui ont eu la douleur de perdre un proche savent que les enterrements et les deuils sont paradoxalement des moments où le tragicomique s’invite, où ceux qui ont aimé la même personne peuvent éprouver un vrai bonheur à partager le souvenir des moments passés.

Departures nous raconte le destin insolite voire ubuesque de Daigo, un violoncelliste au chômage qui quitte Tokyo pour retourner dans son village natal et qui finit par accepter, hasard et nécessité, un bien étrange métier… Persuadé de postuler pour un emploi dans une agence de voyage au doux nom de « Departures », il devient assistant d’une entreprise de pompes funèbres, où il apprend à préparer, dans la stricte tradition japonaise, les défunts pour leur dernier voyage. Un métier évidemment rejeté, qu’il prend bien soin dans un premier temps de dissimuler à sa fiancée.
A partir d’un sujet qui aurait pu être scabreux et morbide, Yojiro Takita réussit le prodige de livrer une œuvre émouvante et profondément touchante, qui réserve quelques moments de rupture comique particulièrement réjouissants. La séquence d’ouverture est à ce titre d’une géniale absurdité et résume à elle seule le ton du film, vraiment étonnant. On ne la dévoilera pas d’avantage mais sachez que par l’irruption d’une péripétie burlesque dans une cérémonie funéraire, on devinera une existence gâchée, une famille qui n’a pas su accepter la différence d’un fils, on verra des sentiments enfouis revenir enfin à la surface… Un exemple parmi d’autres de la richesse d’un film qui déborde d’humanité généreuse, qui fait vivre une foule de personnages attachants, même ceux qu’on ne voit que quelques minutes…
Yojiro Takita filme admirablement les gestes, d’une précision et d’une délicatesse infinies, de ces hommes qui rendent la mort plus belle et plus acceptable, en redonnant aux corps sans vie la beauté, le sourire, la sérénité des jours heureux. D’ailleurs, dans une scène d’une sublime beauté et d’un romantisme échevelé, la fiancée du croquemort, qui l’avait provisoirement quitté à cause de son métier, en retombe amoureuse en voyant avec quel amour, avec quelle intensité, avec quel talent (toutes qualités qu’il déployait lorsqu’il jouait du violoncelle et qui l’avaient séduite une première fois…) il accomplit sa tâche.
L’acteur Masahiro Motoki est d’une beauté à la fois douce, hiératique et fragile qui colle parfaitement au personnage, alors que Tsutomu Yamazaki, avec une placidité remarquable, incarne le vieux patron de l’entreprise de pompes funèbres, qui cache une fracture que l’on devine peu à peu. L’intensité mélodramatique est renforcée par la splendide musique de Joe Hisaishi, compositeur éternel de Miyazaki, qui crée une ambiance doucement mélancolique.

Et le film sait aussi parfaitement tirer parti des paysages du Nord Est du Japon, durant les quatre saisons extrêmement contrastées que traverse le récit.


1 commentaires:

gauth a dit…

oui ça y est je l'ai vu !
et tu en parles très bien
bien vu