jeudi 13 mai 2010

Alimentation générale

La Cité de la Source, un nom charmant pour une cité comme tant d’autres en banlieue de Paris. Une cité abandonnée. Pas de cinoche, pas de salle de sport, pas de bistrot, pas de culture, pas de loisir, pas de lieu de rencontre et d’échange. Aucun espace de lien social en somme. Et comme dans la plupart de ces cités, les habitants sont arabes, noirs, blancs, asiatiques, musulmans, bouddhistes, cathos, et j’en passe des vertes et des pas mûres. Tiens ça me rappelle un peu le débat malsain et flippant sur l’identité nationale.

Tous se croisent et cohabitent dans cet espace où l’horizon est bouché par les tours, et pourtant ouvert sur le monde, par l’origine de ses habitants.
Il reste cependant un lieu où l’on peut encore se rencontrer et discuter en dehors de chez soi. C’est l’épicerie d’Ali. Tous les matins ça sent bon le café chaud qu’il offre sur un coin de table. On vient prendre des nouvelles du quartier et se retrouver ; souvent pour pas grand chose juste pour faire une petite course, ou pour dire bonjour et lire le journal.
Chantal Briet filme au plus près une belle galerie de portraits. Ces habitants deviennent les personnages d’un film délicat et subtil. Il y a Jamaa, et sa chienne Mélodie. Lui est RMIste, il est d’origine marocaine et parle couramment l’allemand. Un féru de littérature germanique ! Jamaa aide Ali pour la livraison de ses clients et porte les cabas des vieilles dames…
Il y a Jeanine, 79 ans, qui chaque matin, à 8h30 tapantes, est devant la porte de l’épicerie, tirant derrière elle son cabas à roulettes. Et gare à Ali s’il est en retard !
Et tous les gamins qui vont et viennent à chaque heure pour quelques bonbons…
Et puis surtout il y a Ali, un type fort et sympa, au grand sourire et une sacrée bonne humeur  !
L’épicerie est le pilier qui retient encore un peu la cité pour qu’elle ne s’effondre pas. Mais voilà, les murs du commerce appartiennent à un promoteur immobilier et l’épicerie, à son tour, est menacée de fermer. On va suivre alors au jour le jour les démarches et les angoisses d’Ali et des habitants pour sauver ce qui peut l’être.

Pas de démagogie populiste dans le film de Chantal Briet, pas de reportage spectaculaire, un vrai travail de cinéma et de réflexion. Elle a passé beaucoup de temps dans l’épicerie, des mois sans filmer pour rencontrer les gens avant de sortir la caméra, et on sent bien qu’elle est ici un peu chez elle.
Quel plaisir de voir un film juste et humain, montrant une image de la cité autre que celle véhiculée par les médias, faite de racisme, de violence et de racket…


1 commentaires:

Antonin a dit…

si ça pouvait passer au journal de TF1 ça changerait pas mal de choses...